Celui-ci remonte loin. Nous y avons organisé le mariage d’Émilie et Michel, le 10 septembre 2011, sur un thème de voyage : le plan de table était fait de billets d’avion personnalisés, et le vol partait du château de la Mothe pour Porquerolles.
Leurs couleurs étaient le bleu turquoise et le rose fuchsia. Assez flashy, vu d’aujourd’hui. C’était la mode de l’époque.
Le domaine est à Saint-Privat-des-Prés, en Périgord Vert, dans le nord-ouest de la Dordogne, aux confins de la Gironde et de la Charente.
Un château du XIIIᵉ siècle remanié aux XVIIᵉ et XIXᵉ, entouré de ses douves, au milieu de six hectares. Les deux anciens bâtiments agricoles abritent les salles de réception et les gîtes. Rebecca et Cyril, les propriétaires, viennent de l’événementiel.
La question que personne n’ose poser
Commençons par ce qui nous a le plus étonnés, et qui n’a rien à voir avec les pierres.
Dans leur foire aux questions, ils posent eux-mêmes la question suivante : « Êtes-vous rémunérés par les prestataires que vous recommandez ? » Et ils y répondent : non, aucune commission.
Nous n’avons jamais vu un autre domaine écrire cela. C’est pourtant la question qui devrait vous venir à l’esprit chaque fois qu’un lieu vous tend une liste de prestataires : cette recommandation est-elle gratuite ? Quand elle ne l’est pas, la commission finit dans le devis du traiteur, donc dans votre budget.
Posez la question partout où vous visitez. La réponse, et surtout la façon dont elle est donnée, vous apprendra beaucoup.
« Percevez-vous une commission ? » Posez la question partout. Ici, la réponse est écrite.
Deux cent dix convives, et une vraie salle de repli
La salle principale est en pierres et charpente apparentes, et reçoit 210 personnes assises en configuration repas. Elle est chauffée, climatisée, isolée thermiquement et phoniquement, avec un office traiteur, un accès et deux places de parking pour personnes à mobilité réduite.
Une seconde salle, dite salle Cocktails, fait 190 m². C’est la salle de repli : la cérémonie et le vin d’honneur y tiennent à l’abri, et le domaine annonce qu’elle peut accueillir l’ensemble de vos invités.
Nous insistons sur ce point parce qu’il est rare. Dans la plupart des domaines, le plan B pluie consiste à entasser tout le monde dans la salle du dîner. Ici comme à Mauprié, c’est une pièce séparée, et cela change la journée entière.
Un petit flottement dans leurs chiffres : leur page d’accueil annonce 220 places assises, la page mariage 210. Faites trancher à la visite.
Deux cents chaises, et la question à poser à cause de ça
La plus grosse difficulté de ce mariage n’avait rien de romantique : il a fallu porter deux cents chaises de la salle jusqu’au lieu de la cérémonie, puis les ramener.
Deux cents chaises à l’aller, deux cents au retour, entre deux bâtiments, avec des gens en tenue de mariage et une heure pour le faire. Ce n’est pas rien, et personne n’y pense en visite.
Nous l’écrivons ici parce que cela vaut pour presque tous les domaines de cette rubrique. Dès que la cérémonie ne se tient pas dans la salle du dîner, quelqu’un doit déplacer les sièges, et ce quelqu’un, c’est vous, vos proches ou vos prestataires.
Les trois questions à poser, partout : y a-t-il un second jeu de chaises pour la cérémonie ? Sinon, qui les porte, et pendant que les invités font quoi ? Et combien coûte la location de chaises de cérémonie livrées sur place, pour comparer ?
La bonne nouvelle, au château de la Mothe, c’est que le mobilier est aujourd’hui compris dans la location, avec deux modèles de chaises. Faites préciser combien il y en a de chaque, et si l’on peut en installer un jeu dehors sans vider la salle.
Les bougies de la dernière ciergerie de Poitiers
Le mariage demandait des bougies. Nous aurions pu acheter des cierges ordinaires.
Nous sommes allés les chercher à la dernière ciergerie de Poitiers, qui les faisait à la main. Elle a fermé peu de temps après. C’était une surprise pour Émilie et Michel, qui ne savaient rien : ils ont été très contents.
Nous racontons cela parce que c’est notre façon de travailler, et qu’elle n’a pas changé depuis 2011. À prix égal ou presque, une chose faite à la main quelque part près de chez vous ne ressemble pas à la même chose achetée en ligne. Et il arrive qu’on soit les derniers à pouvoir le faire.
Aucune heure de fin, et pourquoi c’est possible
Leur réponse est sans ambiguïté : la soirée peut se prolonger jusqu’au bout de la nuit, dans le respect de la réglementation sonore locale. Aucun couvre-feu anticipé.
Ce n’est pas une faveur, c’est une conséquence. La salle est isolée phoniquement, le domaine est isolé au milieu de six hectares, et cinquante-trois de vos invités dorment sur place. Le bruit, ce sont les vôtres, et il reste dans le bâtiment.
Faites quand même confirmer ce que dit le contrat pour votre date, et prévenez votre DJ : une soirée sans heure de fin ne se construit pas comme une soirée qui s’arrête à une heure.
Cinquante-trois couchages, tipis compris
Le château, les trois gîtes (Bergerac, Cognac et Saint-Émilion) et des tipis logent jusqu’à 53 personnes.
Les tipis méritent qu’on s’y arrête. C’est la deuxième fois dans cette série qu’un domaine propose lui-même le couchage sous toile, après Mauprié. Ailleurs, le glamping est un prestataire de plus à trouver, à installer et à coordonner.
Pour les autres, ils tiennent une liste d’hébergements partenaires à quelques minutes en voiture. Demandez-la dès la visite, et pensez aux retours de fin de soirée, surtout s’il n’y a pas d’heure de fin.
Ce qui est compris, et c’est beaucoup
- Le mobilier : tables, deux modèles de chaises (Napoléon et Crossback bois), mange-debout, bancs, salons de jardin. Une liste détaillée est remise à la réservation.
- L’eau et l’électricité, dans toutes les zones utiles, sans installation supplémentaire à prévoir.
- Le ménage de fin de séjour, sous conditions, avec état des lieux avant et après.
- Les conteneurs de tri pour le verre, les emballages et les déchets organiques.
- Un parking de 100 places et une double borne de recharge électrique.
- Deux nuitées minimum : vous installez la veille et vous repartez le lendemain sans courir.
Le mobilier inclus est une ligne que beaucoup de couples découvrent trop tard ailleurs. Deux cents chaises et vingt tables louées, livrées et reprisées, cela se chiffre en centaines d’euros, parfois plus.
Et les prestataires sont totalement libres : ni traiteur, ni DJ, ni photographe imposés, et aucune exclusivité.
Ce qu’il faut demander à la visite
- Le tarif, qui n’est pas public : la privatisation sur vos dates, avec les deux nuitées minimum et les nuits supplémentaires.
- 210 ou 220 ? Faites trancher, plan de table à l’appui.
- Les tipis : combien, équipés comment, et compris ou facturés à part ?
- Les conditions du ménage inclus, puisqu’il est annoncé « sous certaines conditions ».
- La salle Cocktails : combien de personnes assises pour une cérémonie, réellement ?
- Les chaises : combien de chaque modèle, et peut-on en installer dehors sans dégarnir la salle ?
- Ce que dit le contrat sur le bruit, puisqu’il n’y a pas de couvre-feu annoncé.
Le reste est dans nos douze questions à poser en visite.
Ce que nous aimons, et ce que nous aimons moins
Ce que nous aimons : la franchise de leur foire aux questions, qui répond à des choses que les autres évitent. La salle de repli de 190 m². La climatisation et l’isolation phonique. Le mobilier compris. L’absence d’heure de fin. Et les tipis, qui évitent un prestataire de plus.
Ce que nous aimons moins : cinquante-trois couchages pour deux cent dix convives, l’écart habituel. Le flottement entre 210 et 220 places. Et l’absence de tarif public, qui oblige à les contacter avant de savoir si le lieu entre dans votre budget.
Ce que nous en pensons
C’est un lieu pour les grands mariages qui durent : deux cents personnes, une nuit sans heure de fin, et un domaine assez isolé pour que cela ne dérange personne.
Et c’est celui dont nous retenons surtout la façon de répondre. Un lieu qui écrit noir sur blanc qu’il ne touche pas de commission vous dit quelque chose sur la façon dont il travaillera avec vous.
Dans le même ordre de grandeur : Mauprié (280 convives), l’abbaye du Pin et la Tour d’Oyré (300). Plus près de Bordeaux et beaucoup plus petit, le château de l’Isle s’arrête à soixante.
Leur site : chateaudelamothedordogne.com.